TROMPÉS

DANS LA SERRE CHAUDE

TROISIÈME ÉDITION

Résistez les fausses solutions aux changements climatiques

Solutions Fondées Sur La Nature

Les crédits compensatoires pour le carbone ont longtemps été une fausse solution préférée pour perpétuer l’utilisation des combustibles fossiles et, de plus en plus, l’agriculture et les sols entrent dans les stratagèmes des crédits compensatoires. Les crédits compensatoires agricoles et forestiers sont la base des solutions fondées sur la nature (SFN) (voir Tarification du carbone). Étant donné la poussée politique actuelle pour augmenter les marchés de carbone volontaires pour que les grandes entreprises et les gouvernements puissent atteindre les soi-disantes « émissions nulles », les crédits compensatoires terrestres provenant des forêts et de l’agriculture sont au centre de l’action. Sans doute, les émissions de l’agriculture industrielle et de la foresterie sont massives, estimées à environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre.12 Il y un potentiel de réduire les émissions ainsi que de protéger les moyens de subsistance et la biodiversité en changeant la façon dont nous produisons de la nourriture et que nous existons avec les forêts. Changer nos relations avec la terre a reçu beaucoup d’attention récemment, mais malheureusement, il y a encore plusieurs fausses solutions qui peuvent sembler excellentes, néanmoins un examen plus approfondi révèle que cela ne fait qu’enchâsser des pratiques non viables et injustes.

La notion que de changer la façon dont nous traitons la terre, les forêts et les sols va fournir des solutions exerce un grand attrait, mais le principe fondamental de l’argument, à l’effet que les sols et les arbres peuvent stocker en permanence et sans fin le carbone provenant des combustibles fossiles extraits du sol, est imparfait. Le carbone est fondamental pour les organismes vivants et à la composiiton minérale de la planète. Les cycles du carbone entre les océans, les sols et l’atmosphère font partie d’un équilibre établi depuis longtemps auxquels la vie est adaptée. Mais le carbone dans les combustibles fossiles est retenu dans des dépôts séparés de la biosphère, jusqu’à ce qu’il soit extrait et brûlé. Lorsqu’il est relâché dans l’atmophère, l’équilibre du cycle du carbone est bouleversé. Les combustibles fossiles brûlés ne peuvent pas être absorbés à l’infini. Et pourtant, cette notion fallacieuse est la base sur laquelle sont basées les crédits compensatoires des sols, de la forêt, de l’agriculture et de la conservation, ainsi que plusieurs autres fausses solutions reliées au secteur terrestre.

Forêts à risque d’être taillées en pièces

FORÊTS

Les industries du bois et des produits forestiers se sont efforcées de répandre de fausses mythologies visant à véhiculer des idées à propos des forêts et du climat qui appuient leur objectif d’élargir l’exploitation forestière et le remplacement des forêts naturelles par des plantations forestières industrielles. D’abord et avant tout, les industries s’efforcent de confondre la distinction entre les forêts naturelles et les plantations d’arbres ; les monocultures industrielles plantées en rangées en utilisant différents produits chimiques pour une récolte à courte rotation (5-20 ans) et maximiser la récolte du bois. Mais les plantations ne peuvent fournir un habitat pour la biodiversité, elles déplacent les forêts naturelles et elles font tort aux peuples autochtones et aux communautés qui dépendent sur des forêts saines et diverses pour leur survie.

Afin de renforcer l’appui pour l’exploitation forestière et les plantations forestières industrielles, l’industrie prétend que de jeunes arbres sont meilleurs pour séquestrer du carbone que les vieux arbres, ce qui soutient la pratique abominable de couper les forêts anciennes (les plus précieuses pour le bois d’œuvre) et les remplacer par des plantations à courte rotation. Et pourtant les forêts anciennes stockent plus de carbone dans le cycle actif du carbone dans le bois et les sols que les plantations d’arbres. Les grandes entreprises prétendent que les forêts « ont besoin » d’être éclaircies pour maintenir leur santé ; pourtant les pratiques d’exploitation forestière endommagent les sols, blessent les arbres et introduisent des espèces nuisibles et des pathogènes. En capitalisant sur les craintes, elles prétendent que les feux de forêts peuvent être contrôlés ou éliminés en les éclaircissant et en les exploitant. L’industrie prétend que l’utilisation du bois dans la construction ou pour d’autres produits forestiers devrait être subventionnée comme étant une « séquestration du carbone », tout comme la combustion du bois est subventinnée comme étant une « énergie renouvelable » (voir Bioénergie). Maintenant, certaines font même la promotion de l’utilisation du bois pour produire du « gaz naturel renouvelable ».

Des chercheurs développent des arbres transgéniques qu’ils prétendent vont séquestrer plus de carbone, fournir plus de biomasse, être plus faciles à raffiner en carburants liquides ou être plus adaptés pour résister aux conditions des changements climatiques et des plantations industrielles. Les impacts d’altérer la génétique des arbres pour des fins commerciales et industrielles ne peuvent tout simplement pas être anticipés, et les caractéristiques transgéniques pourraient contaminer les forêts naturelles et endommager les écosystèmes et la biodiversité. Les arbres transgéniques font l’objet d’expériences dans plusieurs endroits dans le monde, y compris aux États-Unis et au Brésil. Les grandes entreprises argumentent qu’elles peuvent faire pousser les arbres de plantation plus vite et séquestrer plus de carbone, mais tel qu’expliqué ci-haut, il y a plusieurs problèmes avec les plantations. Bien des choses sont inconnues à propos des risques d’utiliser la technologie transgénique dans l’un des écosystèmes les plus essentiels qui supportent la survie de la planète de nos jours.

Créer de vastes nouvelles demandes pour du bois sous prétexte de fournir des solutions aux changements climatiques est l’objectif des industries qui profitent de l’exploitation forestière. Augmenter la demande pour des produits forestiers est précisément antithétique à l’objectif de réduire la déforestation et la dégradation des forêts, et donc d’atténuer les changements climatiques. Par ailleurs, l’industrie prétend qu’elle peut utiliser des « normes de certification » pour s’assurer que le bois est exploité de manière durable, mais ces normes sont entièrement insuffisantes. Lorsque l’ampleur de la demande est elle-même insoutenable, les normes de certification ne peuvent pas livrer la durabilité. Les forêts diminuent rapidement à cause de l’exploitation forestière excessive, de la demande pour des terres (surtout pour l’élevage des animaux), des impacts des changements climatiques, ainsi que par l’introduction d’espèces nuisibles et de pathogènes. Protéger et restaurer les forêts naturelles exige que nous abordions les causes fondamentales de la déforestation, non pas d’introduire de vastes nouvelles demandes pour du bois

AGRICULTURE, TERRE ET SOLS

Même de nos jours, les peuples autochtones, les petits fermiers et autres fermiers pratiquant l’agroécologie, surtout des femmes, fournissent de la nourriture à plus de 70 % de la population mondiale et en utilisant moins de 25 % des terres agricoles.13 De cette manière, l’agroécologie représente une forme de résistance à l’agriculture industrialisée. Cependant, depuis les années 1980, le système d’agriculture industielle capitaliste est de plus en plus géré par un petit groupe de sociétés multinationales qui contrôlent les semences et les produits chimiques, qui promouvoient l’agriculture contractuelle menant à l’endettement, qui fait pression auprès des gouvernements de fournir des incitatifs pour des pratiques agricoles industrielles non durables et qui augmentent leurs profits, aggravant ainsi les inégalités mondiales.

Les fermiers traditionnels perdent leurs vies et leurs moyens de subsistance à cause des stratagèmes de compensation pour les émissions de carbone.

Il y a moins de fermiers à l’oeuvre de nos jours que jamais auparavant, parce que l’agriculture est devenue plus concentrée sur la technologie et l’automatisation que sur les personnes et sur la planète. L’augmentation des politiques climatiques pour l’agriculture aux niveaux nationaux et internationaux se retrouve à la fois au sein (et compatible) avec ce cadre d’agriculture industrielle qui relève de l’exploitation. Dans l’ensemble, l’agroécologie utilise moins d’énergie et moins d’intrants externes, alors que l’on estime qu’entre 44 % à 57 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre viennent de la chaine alimentaire industrielle, y compris : la déforestation et

la production intensive à haute énergie, la transformation, l’emballage, la vente au détail, les transports, la réfrigération et les déchets, tout cela à l’échelle industrielle.14

Parmi les fausses solutions, on retrouve des propositions qui cherchent à transformer les sols en puits de carbone pour le « retirer » et pour compenser les émissions excessives de gaz à effet de serre des grandes sociétés. Encourager l’investissement en agriculture pour supposément séquestrer plus de carbone, surtout des sources privées, va exiger une plus vaste étendue de terres et, en bout de ligne mener à un risque accru d’accaparement des terres des petits fermiers et des communautés dépendant de la forêt.15 Les fausses solutions tentent de contrôler la diversité des semences en accordant des droits et des brevets aux sociétés transnationales et à d’autres dont les pratiques irresponsables et mortelles ont réduit la biodiversité, augmenté l’utilisation des produits agrotoxiques et d’une manipulation génétique accrue, tout ce qui a mené à l’émergence de super mauvaises herbes, ce qui a apporté la survie de la vie, telle qu’on la connaît, au bord du gouffre.

L’agriculture intelligente face au climat, les programmes de séquestration dans les sols, les SFN, les paiements pour les services environnementaux (PSE) et plusieurs autres dérivations de ce thème font allusion aux pratiques agricoles et d’élevage qui vont supposément améliorer la séquestration du carbone dans le sol, réduire les émissions et/ou améliorer la biodiversité. Ces programmes peuvent être vendus comme étant des crédits compensatoires pour le carbone dans un système d’échange de droits d’émissions de carbone ou comme exemptions fiscales dans un système de tarification du carbone, permettant ainsi aux industries polluantes de polluer encore plus. Les industries pétrolières et du charbon prétendent réduire les émissions en investissant dans l’agroalimentaire.

Un autre exemple est l’investissement par Royal Dutch Shell dans une unité SFN pour acheter des terres et prétendre la neutralité carbone, en plus de vendre des crédits compensatoires pour le carbone.16 L’élevage animal, l’agroécologie, l’agriculture biologique, l’agroforesterie et les « forêts urbaines » peuvent êre incluses dans les stratagèmes de crédits compensatoires de sources agricoles pour le carbone. Cette sorte d’agriculture reliée au carbone met l’agriculture dans le marché du carbone ; privatisant, marchandisant et vendant la nature, les semences, les sols, les aliments, les herbes, l’air, les pollonisateurs, les fermes et les systèmes de connaissances traditionnelles pour en faire des stratgagèmes pour faire de l’argent aux pollueurs.

Les approches du génie génétiques (OGM) pour aborder les impacts climatiques de l’agriculture sont possédées et contôlées par une petite poignée de sociétés méga-conglomérats qui se sont

engagées dans la concentration continue du contrôle sur nos systèmes alimentaires ; prétendant des droits de propriété intellectuelle sur les semences, les engrais, la génétique du bétail, les produits pharmaceutiques, l’équipement agricole et plus encore. Les pratiques agricoles adaptées et contrôlées localement, diverses et soutenant la vie ont été minées et abandonnées en faveur d’une vaste production industrielle de quelques cultures commerciales centralisées. Les fausses solutions aux impacts climatiques de l’agricultue sont conçues de sorte à perpétuer le statu quo, le fameux « business as usual » pour ces méga-conglomérats agricoles. Les grandes sociétés prétendent que les variétés OGM résistantes aux herbicides (tel que le glyphosate) ou résistantes aux espèces nuisibles et aux maladies réduisent les émissions parce qu’elles exigent moins de travaux du sol, moins de machinerie et causent moins de perturbation des sols. Des compagnies telles que Monsanto/Bayer, Dow, BASF et Syngenta, parmi d’autres, développent des variétés de culture « favorables au climat » tolérantes à la salinité élevée, aux sécheresses et aux températures extrêmes. Mais en bout de ligne, ces développement sont tous conçus de sorte à perpétuer le modèle agricole industriel qui est, de lui-même, la source du problème.

Le « biocharbon » (charbon à usage agricole) consiste à brûler de la biomasse par l’entremise du processus de la pyrolyse et enterrer le charbon riche en carbone dans les sols. Mais la biomasse provient de la combustion des arbres et les stratagèmes du biocharbon n’abordent pas les impacts de la déforestation, de la coupe du bois, ni de le brûler afin de fabriquer du biocharbon. Les études sur le biocharbon sont contradictoires ; parfois il augmente le carbone dans le sol et parfois il le diminue. C’est parce que les calculs incluent rarement la récolte et la combustion. De plus, les études peuvent changer au fil du temps, ce qui reflète probablement la nature variable du biocharbon comme tel, des sols et de l’environnement.

Le méthane des animaux d’élevage est une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre.17 Afin d’aborder les émissions de méthane, les fermiers sont conseillés entre autres d’alimenter leurs vaches de manière différente, de changer les pratiques de gestion du fumier et de les abattre à un plus jeune âge. Mais ceci n’aborde par le problème fondamental que la demande pour de la viande est très répandue, qu’elle augmente rapidement et que le prix de la viande est artificiellement bon marché. De plus, les exploitations intensives d’engraissement du bétail (CAFO), là où le bétail est élevé à l’intérieur de structures confinées dans des conditions surpeuplées et inhumaines, ont pris de l’expansion depuis les années 1990, causant ainsi des problèmes pour la terre et de l’endettement pour les fermiers (voir Gaz naturel). Il existe des efforts pour élargit les programmes existants de compensation pour le gaz de méthane des fermes industrielles CAFO et autres pratiques d’élevage du bétail dans les stratagèmes d’échanges de crédits de carbone. Le captage du méthane est présenté comme un crédit compensatoire permettant aux sociétés industrielles des combustibles fossiles de polluer encore plus, même si lméthane est brûlé comme combustible.

Extraction de la fibre du fique en Colombie

Biofuelwatch: biofuelwatch.org.uk

Global Justice Ecology Project: globaljusticeecology.org

Indigenous Environmental Network: ienearth.org, co2colonialism.org

La Via Campesina: viacampesina.org

Une note de La Via Campesina

Pour les paysans, les peuples autochtones et plusieurs communautés, l’agroécologie et la souveraineté alimentaire offrent un immense potentiel pour la réduction des émissions et pour atteindre la justice sociale. L’agroécologie et la souveraineté alimentaire sont des visions sociales, politiques et écologiques qui unissent de multiples groupes dans un seul mouvement pour contester le statu quo, pour bâtir des relations avec la nature et défendre les systèmes de contrôle partagé et d’accès aux exigences de la vie.

En tant que paysans et peuples qui travaillent sur la terre, nos sols, nos animaux, nos semences et nos cultures sont comme des membres de notre famille. Ils nous sont précieux et ne peuvent pas être marchandisés. Quand nous parlons de la santé du sol, nous faisons allusion non seulement à la capacité de séquestration du carbone du sol, mais aussi à l’ensemble du système interdépendant qui donne la vie : les micro-organismes, les champignons, les minéraux, la matière organique végétale, l’eau, la lumière du soleil. Des sols sains donnent la vie aux gens et aussi aux non-gens qui font partie de nos territoires. Quand nous parlons des animaux et du bétail, nous reconnaissons d’abord qu’ils sont une partie intégrale de nos agrosystèmes. Nos animaux conservent les prairies permanentes, ainsi que la biodiversité animale et végétale. Ils peuvent également aider à bâtir la santé des sols. Ces contributions sont importantes pour combattre la crise climatique. L’agriculture industrialisée, à grande échelle et à haut niveau d’intrants en est responsable et doit être surmontée. Et lorsque l’on parle des semences, nous savons bien qu’en tant que premier lien dans le réseau alimentaire, nous avons une responsabilité d’en prendre soin, de sauvegarder, d’utiliser, d’échanger et de partager les graines afin qu’elles puissent remplir leur rôle dans le réseau de la vie.

Les paysans et les peuples indigènes ont déjà contribué à l’humanité 2,1 millions de variétés de 7000 espèces végétales domestiquées. Les obtenteurs commerciaux se concentrent seulement sur 137 espèces cultivées et seulement 16 d’entre elles représentent 86 % de la production alimentaire mondiale.18 Mettre l’accent sur la biodiversité est donc nécessaire pour renforcer la résilience dont nous avons besoin pour faire face à la crise climatique.

[12]         IPCC. (2014). Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change.

[13]         ETC Group. (2017). Who Will Feed Us?: The Peasant Food Web versus the Industrial Food Chain. https://etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/files/etc-whowillfeedus-english-webshare.pdf

[14]         GRAIN. (2016). How the industrial food system contributes to the climate crisis. In The great climate robbery (pp. 2–7). New Internationalist. https://grain.org/en/article/5354-the-great-climate-robbery.

[15]         CCFD-Terre Solidaire and Confédération Paysanne. (2016). Our land is worth more than carbon. https://eurovia.org/cop-22-our-land-is-worth-more-than-carbon/

[16]         Parnell, J. (2020, August 3). Shell’s carbon offset business makes its first acquisition. Gtm. https://greentechmedia.com/articles/read/shell-makes-first-acquisition-for-carbon-offset-business-unit

[17]         FAO. (2020). Global Livestock Environmental Assessment Model (GLEAM). Accessed 13 Jan 21. http://fao.org/gleam/results/en/

[18]         ETC Group. (2017). Who Will Feed Us?: The Peasant Food Web versus the Industrial Food Chain. https://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/files/etc-whowillfeedus-english-webshare.pdf

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